GénéGallois

La famille, les histoires et l'Histoire

Les deux Avernes

Avant le XIXe siècle, le bourg d’Avernes était situé au fond de la vallée, et s’étalait le long du ruisseau, le Bourgel. Le cœur du village était constitué par l’église et le presbytère. À quelques deux cents mètres à l’ouest de l’église, et au fond de la vallée du Bourgel s’élevait le château. En amont du presbytère, cette même vallée était jalonnée par un four, un moulin. Des maisons d’habitation de ferme se dispersaient sur la totalité du territoire communal.

Le Bourgel coule le long de la maison
Le Bourgel coule le long de la maison
Restes des communs du château
Restes des communs du château

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, Avernes fut tel. Mais, à la fin du règne de Louis XV, le marquis d’Avernes, Charles-Antoine de Bernart fit construire un château sur les hauteurs d’Avernes. Petite à petit, tout le village d’Avernes quitta la vallée pour la colline. C’est ainsi que bientôt une église s’éleva non loin du nouveau château, puis ce fut un presbytère, et une mairie école.

Châteaux

Le vieux château, qui s’élevait dans un herbage, au-dessous de la ferme nommée la Suronnière, était un « vieux manoir normand avec encorbellement à chaque étage ». Il faut se reporter à un article de Monsieur Dallet pour le savoir, car il n’en reste plus rien actuellement, si ce n’est une partie des communs. Ce corps de bâtiment aux murs marqués de demi-cintres, s’élève seul non loin du ruisseau, le Bourgel. C’est là tout ce qui reste de ce qui fut la demeure des marquis d’Avernes.

Le nouveau château
Le nouveau château

Le nouveau château fut élevé sur la partie élevée de la commune, dans cet endrot nommé les Plants du Bocage. Pour en faire la description, tel qu’il fut à l’époque de sa splendeur, je dois faire un long emprunt à Monsieur Dallet, car moi-même, je ne l’ai jamais connu tel.

Ce château, aux vastes proportions présente une masse rectangulaire, où la brique a été uniquement employée pour les angles, les pilastres, les chaînages et les encadrements des portes et fenêtres ; les panneaux intermédiaires ont été blanchis au sable et à la chaux. La longueur de l’édifice est de 43,50m, sa largeur, y compris les ailes, est d’environ 20 mètres. Son élévation se compose d’un sous-sol, d’un rez-de-chaussée, d’un premeri et d’un second étage ; puis de mansardes sous les toitures. Les façades des flancs, qui regardent le nord et le midi, sont percées de onze ouvertures à chaque étage. Les façades de côté en ont cinq seulement.

Le centre de la façade méridionale forme une avancée circulaire d’un assez grand rayon, dont le sommet est une plate-forme revêtue de plomb, d’une élévation d’environ 25 mètres, d’où l’on découvre une étendue immense ; à l’ouest, la vue est limitée par la futaie voisine ; mais à l’est, on aperçoit à une grande distance, les campagnes du Pays d’Ouche et du Lieuvin ; au midi, ce sont les hauteurs boisées des cantons d’Exmes et de Gacé qui ferment l’horizon à la vue du spectateur.

La façade minumentale
La façade minumentale
La façade septentrionale
La façade septentrionale
Au nord, des ailes en retour font une saillie d’environ six mètres. Le rez de chaussée, de ce côté, est pour ainsi dire, cacé sous terre, car un perron monumental, précédé d’une énorme terrasse, donnent accès au premier. Puis, de ce perron, deux escaliers descendent au rez de chaussée, sous une voûte grossièrement pavée. Sur le fronton, on remarque deux écussons accolés, dont le champ ne paraît avoir reçu aucun genre de décoration. Ils sont surmontés d’une couronne de marquis et sont supportés par des drapeaux et divers instruments de musique. Les toitures ne se termient pas en pointe, comme cela a lieu ordinairement, c’est à dire qu’elles sont tronquées et se terminent pour ainsi dire en plate forme, avec revêtement de zinc et de plomb.

En pénétrant à l’intérieur, on est surtout frappé par la hauteur des appartements. Le rez de chaussée est occupé par la cuisine, l’office, des caves et des magasins de toute sorte. Au premier se trouvent le salon, la salle à manger, le billard, la chapelle, les chambres des maîtres… Au second sont de nombreuses chambres d’amis.

Monsieur Dallet dit encore que le château est « grand, mais il n’est ni monumental, ni élégant ».

Ce qui était remarquable, c’étaient les arbres gigantesques qui entouraient le château. La façade septentrionale du château s’ouvrait sur un immense champ planté de quatre-vingt deux rangées de hêtres et chênes alignés géométriquement en quinconce.

Une avenue de 1800 mètres, d’une largeur de 14 mètres, bordée de peupliers, partait de la terrasse septentrionale pour donner accès à la route. En toutes parts, le chateau était entouré de fort belles frondaisons.

De tout cela, que reste t’il ? Hélas, les ans ont fait leur œuvre, et avec eux, la main dévastatrice de l’homme. Le château demeura inhabité après la mort du dernier châtelain, Monsieur de Vauqeulin.

Durant les guerres de 1914-1918 et de 1939-1945, il servit d’abri à des soldats. petit à petit, il tomba en ruines. En 1951, on tenta de le démolir en arrachant des pans de murs à l’aide de câbles d’acier tirés par un tracteur. Cette opération ne réussit pas. On trouva plus sûr de provoquer une explosion à l’intérieur du château. C’est ainsi qu’une grande partie de l’aile est s’effondra.

Mais le château ne semblait pas totalement hors d’usage, puisque, en 1953, pour quelques mois, un fermier du village y installa une boucherie de fortune.

Maintenant, il continue de tomber en ruines. Un à un, les plafonds s’effondrent, les murs s’affaissent. Le perron d’honneur est envahi par les ronces et les herbes, et des arbustes poussent au milieu des débris. Des belles plantations qui entouraient le château, il ne reste que le nom. C’est ainsi que le Quinconce est devenu un herbage comme les autres, où seules quelques souches indiquent qu’il fut planté d’arbres. Quant à l’avenue, elle restait une des plus belles curiosités d’Avernes, jusqu’à cet hiver 1961-62, où l’on a coupé tous les peupliers, car, parait-il, ils étaient trop âgés.

Églises

Croix de bois
Croix de bois

À quelques deux cents mètres du vieux château qui s’élevait dans la vallée, une église se dressait, en bordure du bois, au pied d’une pente abrupte. Un chemin y conduisait. Seul, un pan de mur, qui devait être derrière l’autel, se dresse encore aujourd’hui. Celui qui ne connaît pas l’endroit, ne peut l’apercevoir du chemin, car il faut pénétrer dans les broussailles pour découvrir ce morceau de mur vertical, blanc, et un tas de pierres, qui sont les restes de ce qui fut le lieu de réunion des paysans d’Avernes. Seule, une grande croix de bois indique au promeneur que ce lieu fut le dernière demeure des habitants d’Avernes.

La nouvelle église s’élève, en bordure de l’avenue qui conduisait au nouveau château, dans un petit enclos entouré d’une haie où fleurit l’aubépine, lorsque revient le printemps. Sur son toit, on peut lire une date : 1813, époque de sa construction. Monsieur Dallet dit qu’elle a tous les mauvais goûts de l’époque. Elle est entièrement en briques. Son toit est recouvert d’ardoises, et son clocher domine les hautes futaies des alentours.

On pénètre dans l’église par une grande porte de bois, au-dessus de laquelle sont gravées ces lettres : D.O.M. De part et d’autre de cette porte, sur la façade extérieure, s’ouvrent deux niches, destines à recevoir des statues. L’intérieur de l’église est simple. Des bancs de bois occupent la nef, tandis que sur la gauche s’élève la chaire à prêcher, couronnée par une énorme fleur de lys.

La nouvelle église
La nouvelle église

Juste avant de pénétrer dans le chœur, deux renfoncements dans le mur, deux autels, ceux des patrons de l’église : à droite celui de la Vierge, à gauche, celui de Saint Gourgon.

Dans le chœur, une porte donne accès à la sacristie. En face, une chapelle : dans la partie la plus proche du chœur, a pris place un lutrin, en forme d’aigle aux ailes repliées, et qui n’a plus servi depuis bien des années ; dans sa partie la plus reculée, deux tombes : celle du Marquis d’Avernes, et de sa seconde femme.

La lumière pénètre dans l’église par des fenêtres, en plein cintre, et formées de verres de différentes couleurs. Dans leur partie supérieure, un B majuscule, sans doute initiale du marquis d’Avernes, occupe le centre d’une rosace.

Une seule survivance de l’ancienne église, nous dit Monsieur Dallet, a pris place dans cette église : une close, datant de 1754, et sur laquelle figure cette inscription :

IAY ETE NOMMEE PAR MESSIRE CHARLES-ANTOINE DE BERNART, CHEVALIER SGR MARQUIS DAVERNES OFFICIER AU REGIMENT DU ROY BENITE PAR MESSIRES IEAN LANDRY FRANCOIS D ECHAUFFOUR CURES DE CE LIEU 1754

Construite entièrement en briques, cette église a déjà subi le contre coup des ans, bien qu’à peine âgée de 150 ans. De profondes lézardes sillonnent ses murs, tandis qu’un trou béant s’ouvre dans la voûte de la nef.