Joseph (Roger dit) FONTAINE#

1914-2004 : presque un siècle… et quel siècle ! Il est né le 19 août 1914 et il n’a pas connu son père, tué quinze jours plus tard à Rambercourt dans la Meuse.

C’était un « gars de Chaumont », un homme de la terre et de la nature qui ne se sentait vraiment bien qu’à la ferme de la Bellière, près de l’étang du Val Gaillard, de son école dans la forêt ou de l’église dont il admirait la toiture et le clocher récemment restaurés. Il a été « exilé » pendant quelques années mais il est revenu à Chaumont dès qu’il l’a pu.

C’était un homme qui aimait les gens, la compagnie, qui était heureux d’appartenir à deux familles très nombreuses : les Bourgault et les Haelewyn.

Sans parler de sa longue vieillesse dans son jardin, entourée de sa femme, de ses enfants, petits-enfants, et arrière-petits-enfants.

Les exils#

Un très long service militaire, une guerre assez courte mais très mouvementée. Heureusement, il est revenu sain et sauf et n’a pas été prisonnier !

Un autre exil de 15 ans à Heugon, sur une petite ferme au bout de chemins très boueux en hiver, à 3 km 1/2 du bourg. La vie a été très dure les premières années. La famille s’est enrichie d’un deuxième fils et nous nous sommes bien intégrés à Heugon, grâce à des voisins et grâce à l’école de la commune. Mon père a gardé beaucoup d’amis de cette époque.

Un agriculteur à la pointe#

Il a été pendant une bonne trentaine d’années un agriculteur à la pointe du progrès. Il avait beaucoup appris et sans doute beaucoup rêvé de son avenir pendant deux hivers à l’Ecole d’Agriculture de Sees. Il a été un des tout premiers dans la région à utiliser l’insémination artificielle, dès 1947, alors qu’il était encore très jeune. Un des tout premiers aussi à utiliser la clôture électrique et le pâturage tournant.

Enfin, de retour chez lui à la Bellière en 1956, il s’est littéralement « éclaté » comme disent les jeunes. Il a modernisé la ferme, augmenté la production, pendant que notre mère collectionnait les prix aux concours du meilleur beurre fermier de Vimoutiers. Il a aussi manié la pelle et la truelle, le marteau et les clous pour améliorer les bâtiments de la ferme et, dans la foulée, il a même, avec Roland, construit une maison à la Bellière et avec Bernard, sérieusement agrandi la maison des Boulayes à Mardilly.

Il a raté la dernière… ou l’avant-dernière révolution agricole. Il a eu peur de l’industrie laitière, des tracteurs qui lui paraissaient trop lourds et trop chers, des pesticides, d’une certaine forme de bureaucratie. Ces dernières années il avait, en partie, révisé son jugement et il trouvait que, malgré l’intensification, il voyait autour de lui de bien beaux troupeaux… de race normande.

Les familles#

Il a eu la chance d’appartenir à deux familles très nombreuses : il avait du côté de sa mère, beaucoup d’oncles, tantes, cousines et cousins dans la famille Bourgault. Toute sa vie il leur est resté très attaché et très fidèle.

Il s’est marié en 1938 : lui, l’orphelin, s’est retrouvé avec une jeune femme et en quelques années, avec 3 fils… Mais il s’est aussi retrouvé avec 14 beaux-frères et belles-sœurs, des neveux, cousins flamands et rapidement avec une bonne quarantaine de neveux et nièces. Il se sentait bien avec eux et le plaisir était partagé.

Nous sommes nombreux ici aujourd’hui, cousins et cousines, qui n’oublierons jamais les réunions de la famille Haelewyn, deux fois par an, aux Rameaux et à la Toussaint, chez l’Oncle Albert, puis plus tard, au 1er Janvier, chez la Tante Louise… Mon père aimait les gens. Il aimait parler avec tout le monde et il écoutait beaucoup. Il adorait les jours de marché au Sap, puis à Vimoutiers, le Comice Agricole à Gacé ou à La Ferté. Comme on dit : « il connaissait beaucoup de monde ! ».

La retraite#

Il a vécu une retraite longue et heureuse entre son jardin, sa famille, ses voisins et amis. Il a cultivé son jardin au deux sens du terme. Il a entretenu sa serre et son potager de la Bellière, mais aussi cultivé plus de 1000 m² en potager et en fleurs. Il ne maniait plus le motoculteur mais il produisait de tout et il était ravi d’approvisionner enfants et petits-enfants… et c’était du bio !

Il disait encore, il n’y a pas longtemps à l’une de ses belles-filles : « Ah ! Si vous saviez comme j’aime voir pousser les choses ! ». Mais il aimait encore plus voir pousser ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Il attirait les enfants : il en avait toujours un ou une avec lui qu’il emmenait enfermer les poules, arracher les carottes, les poireaux ou les pommes de terre ou manger les framboises ou les fraises. Il aura formé trois générations de jardiniers amateurs !

Il cultivait vraiment l’art d’être grand-père. Il était heureux de réunir ses sept petits-enfants et d’organiser un véritable « Club Med » à la ferme. Ils n’oublieront sans doute jamais une mémorable pêche aux écrevisses dans la brume d’une nuit d’été, la construction de chevaux à bascule ou de balançoires, le piégeage des taupes, plusieurs nuits de camping… sous une bâche à ensilage, la baignade dans l’abreuvoir des veaux, les parties de dominos ou de manille…

Ils ont grandi, ils ont maintenant tous trouvé l’âme-sœur et « Pépé », comme tout le monde l’appelait, a chaleureusement accueilli les nouveaux venus et se faisait un plaisir d’organiser des réunions de famille décontractées et joyeuses. Il s’intéressait au métier de chacun et, lui qui avait toujours travaillé dur, était fier de leurs premières réussites professionnelles.

Les derniers temps#

Il a assez bien vécu ces quinze derniers mois, très entouré par toute sa famille et ses amis. Et malgré la maladie, il continuait à savourer les petits et les grands plaisirs de la vie. Les visites d’Amélie, d’Antoine et Bastien, la communion d’Amélie, le baptême de Léa, la naissance de Maëlle, en décembre et l’annonce d’un autre arrière-petit-fils pour le mois de mai, avaient été de grands joies pour lui.

Ses tout derniers jours ont été heureux et il s’est endormi paisiblement.

Victor Hugo a écrit qu’un homme n’est vraiment mort tant que quelqu’un se souvient de lui :

Papa, tu resteras sans doute longtemps dans la mémoire de ceux qui sont venus, aujourd’hui, te dire : « au revoir ! ».

Le texte#

Texte inhumation 1/2
Texte inhumation 2/2
Modifications
  • 13/08/2026: Création